Les migraines
par Eric Isbister
Introduction
Il existe six familles de migraines reconnues dont deux touchent
exclusivement les enfants de moins de 18 mois (ces dernières ne seront pas
traitées ici). Les familles de migraines qui sont mentionnées dans ce
travail sont : les migraines avec aura, les migraines sans aura, les
migraines ophtalmoplégiques et les migraines rétiniennes.
Le mot migraine dérive
du grec qui signifie demi-crâne. En tant que pathologie elle est définie
comme un syndrome présentant des accès de céphalées intenses, pulsatiles et
d’origine vasomotrice. La douleur est le plus souvent unilatérale mais
parfois bilatérale. Les régions affectées incluent les lobes temporal,
pariétal et occipital ou la région fronto-orbitaire. Les crises sont souvent
accompagnées de malaise général, de nausées, de vomissements ainsi que de
phénomènes ophtalmologiques. Les migraines peuvent ou non être accompagnées
d’une sensation subjective plus ou moins spécifique juste avant une crise
migraineuse. Cela distingue les « migraines avec aura » des « migraines
sans aura ». La migraine se différencie de la céphalée en ce sens que la
céphalée est une algie non spécifique qui intéresse la tête dans son
ensemble incluant le visage. En contrepartie la migraine intéresse
uniquement le crâne.
Dans ce travail, on tentera de faire un survol de la pathologie avec ses
signes et symptômes tout en explorant ses etiologies ainsi que ses formes de
traitement possibles. Les approches médicales traditionnelles et
chiropratiques seront abordées.
Systèmes affectés
La douleur se rapportant à la migraine est d’origine vasculaire. La
dilatation des vaisseaux est ce qui stimule la douleur. Les vaisseaux intra
crâniens sont le plus souvent en cause. En plus des douleurs les migraines
peuvent affecter l ‘équilibre, la vision, l’ouïe, le système urinaire, le
système gastro-intestinal et parfois les muscles de l’œil. On peut
occasionnellement noter des signes neurologiques centraux tels la confusion
ou la dysphasie.
Incidence, prévalence et aspect génétique
De façon générale la migraine peut toucher entre 10 et 20 % de la
population. Sa prévalence est de 4 à 6 % chez l’homme et 13 à 25 % chez la
femme. Chez l’enfant elle est de 5 à 10 %. Deux fois plus de femmes que
d’hommes sont touchées à l’âge de vingt ans et trois fois plus à 40 ans.
Une fois les femmes arrivées à la ménopause les chiffres redescendent à 2.5
fois plus d’incidence pour la femme. La race blanche est favorisée par
cette condition par rapport aux noirs ou asiatiques. Il semble aussi y
avoir une prévalence en rapport avec la géographie (16% Canada, 13 % USA, 12
% en France et 8% au Japon). La migraine sans aura touche cinq fois plus de
femmes alors que la migraine avec aura touche trois femmes pour chaque deux
hommes. Il existe une migraine qui touche plus d’hommes que de femmes et il
s’agit de la migraine ophtalmoplégique(23 hommes : 20 femmes). Un fait
important à noter est que chez 70% des personnes atteintes de migraines en
général, on retrouve des antécédents familiaux.
Signes et symptômes
Les signes et symptômes doivent être différenciés selon les 4 types de
migraine en cause. On trouve plus bas un résumé des signes et symptômes
associés à chacun des types de migraines. Il est notable que dans le modèle
chiropratique, la classification des migraines est quelque peu différente de
celle-ci. Le modèle médical à été choisi en raison du fait que les
références étaient plus nombreuses et détaillées. Dans le modèle
chiropratique de la maladie on ne sépare pas les conditions de la même
façon. On parle plutôt d’un continuum. Cependant l’origine vasogénique des
migraines n’est pas remise en question.
La migraine sans aura
Douleur pulsatile d’intensité importante à modérée.
L’effort aggrave la douleur.
Douleur accompagnée de 1) nausées, vomissement ou 2) photophobie,
phonophobie.
Douleur durant entre 24 et 72 heures.
Localisation unilatérale de la douleur.
Doit avoir subi au moins cinq épisodes pour se voir attribuer le
diagnostique.
La migraine avec aura
Aura apparaissant durant 4 minutes ou deux symptômes d’aura arrivant
successivement.
Les céphalées suivent l’aura de moins de 60 minutes (peuvent commencer en
même temps).
Les symptômes d’aura ne durent pas plus de 60 minutes
a) La migraine avec aura typique
Troubles visuels homolatérauxl
Paresthésies ou engourdissements unilatéraux
Faiblesse unilatérale
Aphasie ou trouble du langage
b) La migraine avec aura prolongée
Les symptômes durent plus de 60 minutes et moins de 7 jours
c) La migraine hémiplégique familiale
Hémiparésies
Au moins un parent proche avec symptômes identiques
d) La migraine basilaire
Dysfonctions visuelles des 2 yeux
Dysarthrie
Vertiges
Bourdonnements d’oreille
Diminution de l’acuité auditive
Diplopie
Ataxie
Paresthésies bilatérales
Parésies bilatérales
Altération de l’état de conscience
Migraine ophtalmoplégique
Patient doit avoir subi au moins deux épisodes
Parésie d’au moins un nerf crânien (III, IV ou VI) avec symptômes oculaires
associés.
Migraine rétinienne
Au minimum deux épisodes
Scotomes ou cécité mono-oculaire réversible
Les céphalées précèdent ou suivent de moins de 60 minutes les symptômes
visuels.
Étiologies acceptées médicalement
Les facteurs qui peuvent amener une inflammation ou une dilatation des
vaisseaux sanguins sont acceptés comme étiologies possibles. La douleur peut
être exacerbée par tout phénomène qui pourrait causer une dilatation ou une
distension des vaisseaux préalablement affectés. Plus spécifiquement on
note des étiologies à caractère génétique, comportemental prédisposants.
Ceux-ci sont accompagnés de facteurs déclenchants qui peuvent être
d’origine physiologique, pathophysiologique ou environnementaux. Notons que
l’étiologie cervicogénique est loin d’être rejetée. Parmi les facteurs
déclanchants les plus importants, citons les suivants :
Environnement :
- Situation comportant un niveau élevé de stress
- Réactions au stress :
- Fatigue
- Troubles du sommeil
- Troubles de l’alimentation (faim ou fréquence, nombre et régularité
des repas)
- Exercices vigoureux excessifs
- Facteurs nutritionnels(voir plus loin)
- Cycle menstruel problématique ou non
- Ovulation et œstrogènes exogènes
- Prise d’anovulants
- Lumière vive
- Pression barométrique en chute
Étiologies propres à la chiropratique
Bien que les résultats cliniques soient probants et qu’une origine
cervicale des migraines semble exister, les chercheurs en chiropratique ne
peuvent toujours pas résoudre l’énigme de la physiopathologie de ce
phénomène. Tout le débat se fait présentement au niveau des théories et des
postulats.
Tous s’entendent pour dire que l’origine des migraines serait une irritation
ou une sensibilité au niveau des artères intracrâniennes. Certaines
conditions ayant la possibilité de créer un traumatisme sur ces artères
irritées, même en-deça des limites physiologiques, peuvent être cause de
migraine. Dans le modèle chiropratique certains auteurs croient que les
fixations vertébrales au niveau de hautes cervicales pourraient provoquer
une constriction de l’artère vertébrale et ainsi amener des états d’ischémie
transitoires des structures crâniales postérieures. On cite souvent les
segments suivants : C0-C1, C1-C2-C3ainsi que C7-T1.
Une autre théorie pousse ce modèle un peu plus loin. Il est postulé que les fixations des vertèbres cervicales qui perturbent le mouvement articulaire amènent des contractions musculaires des muscles sous-occipitaux et cervicaux ce qui à son tour amènerait un changement de la lordose cervicale ce qui compromettrait l’artère vertébrale et les nerfs.
Une autre théorie
propose que certains des symptômes neuro-otologiques puissent être attribués
à l’irritation du système sympathique cervical postérieur. Un autre auteur
postule que le phénomène de migraines cervicales peut être déclenché par une
irritation de l’artère vertébrale, du nerf vertébral et de la chaîne
sympathique ascendante produisant ainsi un barrage du système autonome. Il
acquiesçait également que la fixation des articulations postérieures est une
cause probable de ces irritations.
Étiologies propres aux facteurs nutritionnels
Des études ayant analysé le journal alimentaire de patients affectés par les
migraines on déterminé que certains aliments jouaient un rôle important dans
l’étiologie et le déclenchement des accès migraineux. Ce qui suit est une
liste des aliments rapportés :
Caféine
Produits alimentaires riches en thyramine (agent hypertensif):
Fromage âgé Poulet
Alcool
Bière Banane
Poisson fumé
Vin rouge Beurre d’arachide
Porc
Hareng Vinaigre
etc.
Chocolat Crème sûre
Alcool
Dérivés nitrés (Bacon, salami etc.)
Pains au levain
Tomates
Diagnostique différentiel
Les pathologies suivantes doivent faire partie du diagnostique différentiel
:
- Tumeur
- Anévrisme
- Méningite
- Traumatisme
- Hypertension intracrânienne idiopathique
Dans le cas d’une migraine vraiment atypique une investigation plus poussée
peut être faite par le biais d’une angiographie, tomographie, EEG ou d’une
RM.
Traitement médical
Il existe deux façons pharmacologiques d’attaquer le problème ;
l’approche réactionnelle et l’approche prophylactique. Il faut cependant se
méfier quand on choisit l’approche réactionnelle de thérapie avec
médicaments car elle comporte le risque de « l’effet de rebond ». Celui-ci
est défini par l’apparition d’un mal de tête suite à une période de
soulagement par médicaments. Une fois l’effet du médicament estompé la
réponse physiologique causale est réinstaurée avec force par l’organisme.
Le patient aura donc tendance à se soigner à nouveau avec son médicament
perpétuant ainsi un cycle de migraine et rebond.
L’information, l’éducation et le réconfort du patient doivent faire partie
de tous les plans de traitement.
Parmi les substances pharmaceutiques disponibles pour le traitement
réactionnel des migraines on retrouve :
- AINS : Ibuprophen, aspirine, acétaminophen
- Opiacés : codéine, demerol,
- Barbituriques : butalbitol
- Vasoconstricteurs : ergotamines (cafergot)
- Agonistes de sérotonine : Sumatriptan (imitrex)
Notons que ces substances peuvent causer des effets secondaires tels que :
Nausées Douleur épigastrique Pyrosis
Vertiges Céphalées
Éruptions cutanées
Acouphènes Néphropathies Somnolence
Hypotension Anémies
Paresthésies
Il est recommandé que seuls les patients soufrant de maux de tête
occasionnels (4 fois par mois ou moins) devraient adhérer à cette forme de
traitement.
La deuxième approche thérapeutique médicale est la prophylaxie. Les
médicaments les plus souvent utilisés sont :
- Bloqueurs à canaux calciques (flunarizine)
- Bêta bloquants : (propanolol)
- Antidépresseurs tri cycliques (amitriptyline)
- Anti-prostaglandines (naproxène)
- Anticonvulsivants (phenytoine)
Ces médications, peu importe lequel a été prescrit, doivent être prises à
tous les jours et ce même en l’absence d’épisode de mal de tête. Chacun
comporte une série d’effets secondaires qui lui sont propre. En voici
quelques uns :
Sédation Somnolence
Asthénie
Gain pondéral Dépression
Insuffisance card. Congestive
Bronchospasme Anorexie Diharées
Nausées Étourdissements Pyrosis
Ulcères Constipation
Les résultats de la médecine vise à atteindre 50% d’amélioration de l’état
initial. Si un traitement ne fonctionne pas on en essaie un autre jusqu’à
l’atteinte de ce résultat.
Traitement chiropratique
L’approche chiropratique au traitement des migraines devrait considérer
quatre approches. L’éducation du patient qui sera un facteur rassurant
dans bien des cas et qui lui permettra de bien reconnaître les facteurs
aggravants aussi bien que les facteurs de soulagement. Deuxièmement,
l’approche nutritionnelle qui se veut le continuum de l’éducation du
patient. Troisièmement, les ajustements vertébraux des subluxations
cervicales et finalement des techniques de tissu mou au niveau des muscles
sous-occipitaux et cervicaux postérieurs.
En effet, conseiller le patient sur les aliments à éviter (voir liste des
facteurs aggravants) est un incontournable. De plus, un suivi de journal
alimentaire pourrait s’avérer un outil de valeur dans la détermination des
facteurs individuels d’aggravation de la condition pour le patient.
Afin d’éviter les migraines il est conseillé de manger des repas moins
volumineux et plus fréquents de façon à maintenir un taux de glucose sanguin
le plus stable possible. Les aliments qui seraient à conseiller sont Les
amandes ou produits à base d’amandes, persil, ail, cerises, ananas. De plus
il est important de prendre en considération que les agents de conservations
sont parfois des agents exacerbants les migraines. Il pourrait donc être
recommandé d ‘éviter les aliments préparés qui en contienne.
La prescription de suppléments peut également faire partie de l’approche
mais beaucoup de précautions doivent être prises à cet égard étant donné les
effets secondaires possibles.
L’ajustement vertébral peut soulager lors de crises aiguës ou comme partie
intégrante d’un programme visant le soulagement à long terme. Cette
dernière approche doit être favorisée afin d’avoir un impact durable sur la
condition. Un autre point notable est qu’il faut éviter de traiter par
ajustement vertébral en absence de subluxation puisque cette dernière est
supposée être un élément étiologique et on pourrait en plus, risquer des
effets secondaires non négligeables tel la création d’hyper mobilités.
Les techniques de tissus mous tels les points gâchettes myofasciaux
Résultats de l’approche chiropratique
Vernon rapporte les résultats suivants concernant l’efficacité des
manipulations vertébrales pour traiter les migraines. L’étude de Wight
(1978) rapporte 75 % de succès alors qu’une autre rapporte 28 % de succès
immédiatement après l’étude mais 47% après un suivi de deux ans. Une autre
étude faite par Stodolny et Chmielewski (1989) rapporte un succès de 75%.
Cette même étude indique qu’on retrouvait 100 % de fixations au niveau de
C0-C1, 75% de fixations au niveau de C7-T1 et 25% aux niveaux C1-C2-C3.
Gatterman, rapporte dans sa revue de littérature que certains chercheurs ont
obtenu jusqu’à 75 % de rémissions complètes suite aux traitements
chiropratiques. Associé à ces résultats on a trouvé une amélioration de
l’amplitude articulaire jusqu’ à 9 degrés et une réduction des fixations
articulaires vertébrales chez 28 des 31 patients étudiés.
Stage d’obervation IV
CPR-1007
présenté à :
DR Riccardo Valente DC
DR Daniel Boisvert DC
Directeur de la clinique universitaire chiropratique
Université du Québec à Trois-Rivières
Hiver 2000